Un projet Premiers Actes

< Retour  Le programme  Le site industriel  Le spectacle Fatzer  Les rencontres  Le forum  Qui sommes-nous ? 
 
LES RENCONTRES

Madame G. (ex-déléguée cftc)

Dans la vallée, perdre son emploi c’est pas facile.Vivre aujourd’hui sans travail, c’est comme si vous êtes un paria de la société vous allez au resto du cœur et puis on vous regarde d’un sale œil, je peux vous le dire.

On a un petit peu vécu en autarcie - sur nous mêmes pendant quelques mois,
17 semaines de combat - et j’ai l’impression qu’il s’est passé quelque chose pendant ces quelques mois que je ne vivrai plus jamais,
plus nulle part.

On s’est retrouvés bien seuls,
bien seuls,
avec ce qui nous restait comme moyen d’action
la pression
en disant bon ben
on va jeter de l’acide dans la Thur,
on va se
on s’est enchaîné à des bonbonnes de gaz
on a été loin très loin dans ce conflit pour qu’on nous écoute
excusez-moi mais encore aujourd’hui ça me ffffff
on ne nous a pas entendu
on a tout fait, tout...
on nous a laissé de côté
voilà, j’suis désolée mais ça me
ça me prend un peu aux tripes quand j’en parle parce que c’était un lutte très difficile…

le plus difficile à admettre aujourd’hui
c’est de s’être fait
mm mm mener en bateau
le plus dur c’est ça ! (fort)
une fois que c’est admis, c’est admis
mais il a fallu du temps
pour admettre
que des gens se sont moqués de la misère des salariés.
il a fallu des mois et des…
moi il m’a fallu des mois pour admettre tout ça
aujourd’hui,
une fois que c’est admis c’est admis
je ne l’accepte pas - ça - maintenant (doux) une fois que vous avez fait cet état de choses… (non non de la tête)
Tous ces braves gens qui dorment la conscience tranquille

Mais ce conflit m’a permis d’évoluer
moi la bataille de Boussac m’a permis de dire,
l’humanité est égoïste alors sois un peu égoïste toi aussi.
allez sois égoïste ma fille un petit peu
pense un peu à ton avenir,
pense à toi - et c’est ce que j’ai fait.
 
Marcel Boussac dans mon souvenir c’était incontestablement un très grand homme, il avait un empire industriel dont Wesserling faisait partie, auquel il venait rendre visite de temps en temps et les visites de Marcel Boussac étaient des séances absolument homériques, qu’on préparait plusieurs jours à l’avance et c’était, à mon point de vue difficilement supportable. Parce que c’était le grand patron avec tout son pouvoir discrétionnaire qui vous tombait sur le poil et qui vous faisait sentir vos responsabilités quand elle étaient mises en cause.
Voilà. Bon, c’était un peu le cinéma.

Il faut savoir que
à cette époque-là, dans l’Est de la France
on imprimait par jour
à peu près la longueur de la France, c’est-à-dire mille kilomètres.
On imprimait dans l’Est...
Par jour !
Il y avait Wesserling
mais il y avait également toutes les usines
qui ont fermé maintenant.

La disparition…
on a commencé à sentir les premières tendances dans les années 70,
on a commencé à voir,
la descente des quantités…
la diminution des quantités imprimées,
la fermeture progressive de certaines usines,
mais bon
l’arrêt complet
on peut le situer avec la fermeture de Wesserling
il y a quelques années, hein
il y a quelques années,
voilà…

Tout cela s’est produit relativement vite,
alors que la construction de toutes ces usines avait pris des années et des années.

Ce que j’ai vécu dans les années 60
ça a été le montage de l’impression au cadre rotatif
qui a été le dernier gros progrès de l’impression textile.
Ça je l’ai vu à Wesserling.

Alors les dessins que nous imprimions
étaient envoyées par Paris
gravés sur place à Wesserling
et montés sur les machines à impression.
Certains avaient 5 pièces c’est-à-dire 500m.
d’autres en avaient beaucoup plus, hein
mettons 10 pièces , 20 pièces,
100 pièces parfois,
mais les dessins de mille pièces - j’en ai connu plusieurs - c’était quand même une exception, Alors, c’était un gros bazar à monter…

Et chacun de ces dessins étaient imprimés en plusieurs variantes
c’est-à-dire que les combinaisons de couleurs étaient étudiées auparavant.
Les couleurs étaient préparées
changées sur la machine
une variante se faisait en dix pièces par exemple
une autre variante se faisait en 20 ou 30 pièces…
Mais la partie artistique,
la conception des dessins se faisait à Paris,
rue Poissonnière,
où se trouvait le siège des établissement Boussac
et les dessins nous étaient envoyés,
exécutés sur papier.
Le dessin lui-même et ses variantes.

Nous avions la charge de graver les rouleaux
en fonction des dessins qui nous étaient envoyés.

Alors les rouleaux,
c’était des rouleaux en cuivre comme il y en a encore quelques exemplaires à Wesserling.
Il y en avait un stock important qui se trouvait justement dans la partie…
de la gravure.
Alors ces rouleaux étaient rangés, étaient stockés à l’horizontale et comment dire
embrochés dans des étagères qui avaient,
mettons… dix mètres de haut, à peu près
et qui remplissaient tout un tout un atelier.
Alors il fallait les extraire,
il fallait les extraire ces rouleaux, il fallait les extraire de leur stock
les monter sur leur axe
ça s’appelait le mandrinage :
on rentrait un mandrin dans le rouleau
et une fois le rouleau mandriné on l’apportait à la machine
et on le montait dans la machine.
On le mettait en place avec des palans
parce que c’était lourd,
très lourd !
Ah oui ! C’était monté avec des palans
et ensuite, le rouleau une fois monté,
on l ‘on l’habillait avec tous les systèmes qui servaient
à porter la couleur au rouleau
(c’est-à-dire « le fournisseur » )
on montait les racles qui essuyaient le rouleau,
tout ça est un peu technique mais enfin voilà
et puis l’imprimeur,
aidé de son Hintermann (son aide principal) et du manœuvre,
mettaient tout ça en place.
On appuyait sur un bouton et on démarrait !

Vous voulez savoir autre chose ?