Invité à plusieurs de nos débats, Monsieur W. ne souhaitait pas être filmé ni enregistré.
Ancien cadre technique de l’usine et passionné d’histoire, il fut l’un des premiers à se mobiliser pour la sauvegarde des anciens bâtiments du Parc de Wesserling et a mis sa passion au service du Musée textile.
Parmi les anciens salariés du site, il est l’un des plus fiers de sa réhabilitation.
À un autre ancien salarié, Monsieur V. , qui dénigrait le succès de la réhabilitation et du Musée devant notre groupe et nos invités, il eut cette réponse admirable :
« On voulait faire un musée mais il n’y avait rien au départ : il a fallut tout chercher, tout monter. Lorsque l’usine a fermé, tout a été mis en vente. J’ai assisté à la vente aux enchères du matériel. Le musée, avec l’aide du département, a acheté un certain nombre de machines, parce que moi j’ai toujours été pour essayer de conserver le savoir-faire dans la vallée, pour avoir à nouveau une industrie embryonnaire au cas où ça pourrait reprendre, parce qu’on ne sait jamais, ça reprendra probablement, mais bon, je ne sais pas dans quels délais et je ne pense pas que je revivrai ça, mais je voudrais que ce savoir-faire reste.
On a essayé de conserver ces machines et on a essayé de constituer avec quelques entreprises qui sont implantées ici, ainsi que une ou deux autres qui venaient d’ailleurs en Alsace, une petite entreprise pour refaire de l’impression. Mais quand on a commencé à chercher des sous, et puis lorsque les industriels ont commencé à faire des calculs, ils se sont dit : « Moi je n’investis pas ». Le matériel était entreposé au musée et à gauche à droite, certaines choses ont finalement été vendues. Résultat : est-ce que maintenant on va en faire quelque chose ?
Le projet est là, mais pour le musée, ça va être difficile à faire tourner car il faut du personnel: est-ce que le musée aura suffisamment de visiteurs pour payer le personnel, parce qu’on ne peut pas vivre uniquement grâce aux subventions, il faut essayer d’avoir un chiffre d’affaires...
Monsieur V. : Donnez-moi encore trois ans, j’ai ma retraite... (Rires de l’assemblée)
Monsieur W. : De toute façon, ça n’est pas pour tout de suite.
(Il tend ses bras vers l’autre) Qu’on fasse quelque chose, hein ! Alors vous voyez, il y aurait une possibilité de refaire de l’impression à Wesserling !
Voilà un homme pour qui l’enjeu du musée n’est pas la conservation du passé...